Jeudi 3 février 2011

Journée Technique
« Froid : transport et logistique »
A l’initiative du CM3E, en synergie avec l’ATEE-Normandie, l’AFF et l’Université de Rouen, et après deux éditions consacrées au « Froid Industriel » et au « Froid Commercial », l’édition 2011 des Journées Techniques Applications du Froid, vient s’ancrer au cœur de l’activité économique de la Normandie sous le thème « Froid, Transport et Logistique ».
Cette 3ème édition, organisée au sein de l’Université de Rouen le 3 février dernier, a rassemblé quinze conférenciers représentant un large spectre de la discipline, plus de cent étudiants en IUT, Licence et Master Génie des Systèmes Industriels et Maîtrise de l’Energie et plus de vingt participants professionnels du froid.
Ce cycle de conférences, orchestré par Paul Rivet et Jean-Pierre Domblides, s’est articulé en deux séances.
Aspect technico-économique du transport frigorifique et bilan des consommations énergétiques
Cette première partie a été introduite par Michel Leprieur et Eric Devin du Cemafroid sous forme d’un état des lieux de la chaîne du froid en France et son positionnement par rapport au contexte européen et mondial.
Puis, André Stumpf de Carrier Transicold a présenté un développement logiciel, à l’usage des transporteurs, ayant pour objet l’évaluation et la traçabilité des consommations énergétiques.
A partir d’une puissante base de données élaborée à partir de valeurs d’entrées réelles telles que le cycle logistique, le mode d’alimentation et le fonctionnement à charge partielle des systèmes frigorifiques, les données météorologiques, l’impact des ouvertures des portes,… ce logiciel permettra, au-delà de sa fonction « bilan », d’orienter les choix technologiques des carrossiers et des constructeurs de groupes frigorifiques.
Ce projet européen, initié depuis 2006 par Transfrigoroute, est actuellement en phase de validation réalisée à la Station ATP de Hollande. La publication de la version finale est prévue en 2012 avec deux modes de calcul.
L’intervention de François Clavier (François Clavier Conseil & Cethil) a porté sur l’élaboration d’un Guide de bonnes pratiques, associé à un démonstrateur numérique, incluant des pistes d’optimisation de la consommation énergétique tout au long du processus de distribution frigorifique urbaine des denrées périssables. Cette étude s’inscrit dans le cadre du projet ANR PREDICT « TRUE », Truck Refrigeration for Urban Environment, initié en 2007.
L’impact de l’ouverture des portes peut atteindre 45 % des consommations d’énergie. Une meilleure gestion énergétique peut être initiée dés la conception du matériel à la livraison finale en passant par les méthodes de chargement.
Cette première partie a été clôturée par l’intervention d’Alain Georges de STEF-TFE qui a initié tout d’abord le jeune auditoire aux rudiments de l’entreposage frigorifique en abordant les spécificités de construction et d’exploitation.
Il a ensuite introduit l’impact économique dû à l’investissement initial et à la consommation énergétique. On retiendra que l’énergie représente de 4 % à 12 % des coûts directs d’exploitation (hors coûts de possession). Ce poste étant d’autant plus élevé que la température d’exploitation est basse.
Il a rappelé les principaux paramètres qui conditionnent le cahier des charges d’un entrepôt frigorifique respectant le Référentiel HQE® « plateforme logistique » Addendum « entrepôt frigorifique ».
Diagnostic et Efficacité Energétique
Bernard Valentin d’Ecofridge a présenté le système de froid cryogénique embarqué dans le transport frigorifique utilisant l’azote liquide comme fluide frigorigène à une température de -196°C (77 K).
Une analyse comparative de la quantité totale de CO2 émise par ce système cryogénique avec celle émise par un système frigorifique mécanique, entrainé par un moteur Diesel, montre, pour l’exemple considéré d’un semi remorque transportant des produits frais, que les émissions de gaz à effet de serre sont réduites de 80 % à l’avantage du système cryogénique.
Paul Rivet d’AF Consulting a clôturé la première séance des conférences par une revue des différentes solutions disponibles par le biais du froid indirect, en entrepôt frigorifique, ayant pour objet l’optimisation des consommations énergétiques.
L’après-midi, consacrée aux aspects environnementaux et réglementaires, a débuté par une présentation du mécanisme des Certificats d’Economie d’Energie par Luc Serveau de la FNTR.
Aspects environnementaux et réglementaires
Après un rappel des contraintes liées à la hausse durable des prix de l’énergie et à la prise de conscience du citoyen des enjeux environnementaux, Luc Serveau a rappelé les engagements européens à l’horizon 2020 : diminution de 20 % des émissions de gaz à effet de serre de la France et diminution de 20 % de l’intensité énergétique du pays. Le mécanisme de CEE qui s’inscrit dans ce contexte a été présenté. Le cas particulier des opérations standardisées du transport routier a fait l’objet d’une présentation plus précise. A travers l’exemple de l’acquisition d’un groupe frigorifique à haute efficacité énergétique (5,5 kWh/litre) le mécanisme des CEE montre que le surcoût d’investissement est rentabilisé dès la première année par l’économie de près de 50 % du gazole non routier qu’elle entraîne.
Damien Grebot (Ademe Basse Normandie) et Jean-Baptiste Postec (Transports Malherbe) ont ensuite enchaîné sur la charte CO2. Le transport routier en Europe représente plus de 75 % du transport terrestre et 34 % des émissions de CO2 de la France sont dues au secteur du transport routier. La charte CO2, d’engagement volontaire se déroule en quatre étapes :
Puis, l’entreprise de transport Malherbe a apporté son témoignage en donnant quelques pistes de son plan d’action à propos des véhicules (norme euro 5, aérodynamisme, bridage, boites de vitesse automatiques, taux de chargement, km à vide, etc.), des conducteurs (formation à la conduite rationnelle).
Pour clore cette session concernant les aspects environnementaux, Danielle Lo Stimolo (Syndigel) a présenté les résultats d’une étude Bilan Carbone® dans la filière « Grand froid ».
L’étude dont les résultats sont présentés ici, prend son origine dans les suites des rendez-vous du Grenelle de l’Environnement mettant en cause l’impact environnemental des produits surgelés. Le froid est nécessaire à la conservation des aliments et à la préparation des plats cuisinés. Il évite des pertes de produits alimentaires. Mais quelle est la réalité de l’impact énergétique et environnemental de cette filière ?
Danièle Lo Stimolo a exposé la méthodologie utilisée pour effectuer le Bilan Carbone® de la filière « surgelés ». Trois produits de la mer, deux plats cuisinés, un légume et une crème glacée ont fait l’objet de cette étude. Les principaux résultats sont donnés ci-dessous :
Avec 10 à 30 % d’émissions, l’impact carbone des surgelés dépend surtout …
Les pertes de fluides frigorigènes (meubles ouverts des hypermarchés) peuvent contribuer autant que l’électricité utilisée tout au long de la filière. La distance des approvisionnements n’est pas un problème quand la durée de vie des produits autorise la voie maritime.
La conclusion de D. Lo Stimolo à propos de cette étude est très claire : « La surgélation n’est pas le volcan de CO2 dénoncé par certains… »
L’après-midi s’est poursuivie par des interventions concernant le volet réglementaire.
Danielle Lo Stimolo a abordé le respect de la chaîne du froid pour les produits et son intervention s’est déroulée en trois étapes :
Pour la plupart des étudiants présents dans l’amphithéâtre, ces interventions étaient importantes car elles complétaient leur formation pour l’essentiel très technique.
Puis, Valérie Hammer (USNEF/TF) a présenté un exposé sur « L’entreposage : incendie et installations classées ».
Elle a complété la précédente présentation en apportant un éclairage sur le droit européen et ses différents acteurs : conseil des ministres, parlement, commission jusqu’aux règlements et directives. Ces précisions très pédagogiques étaient également très importantes pour le public de techniciens et ingénieurs en devenir à l’écoute dans l’amphi de l’Université.
L’intervention a présenté les principaux textes concernant la protection de l’environnement (Règlementation ICPE à propos des entrepôts) puis la protection des denrées alimentaires (paquet hygiène, règlementation nationale et guides de bonnes pratiques).
Eric Devin, (Cemafroid) a terminé cette session par un exposé des « Fondamentaux de l’ATP ». Cette troisième intervention a rappelé le cadre règlementaire du transport frigorifique en France et dans le monde depuis 1952 jusqu’à nos jours. C’est ainsi que les catégories d’engins de transport sous température dirigée ont une attestation de conformité technique délivrée par une autorité compétente. La planification pour un passage en centre de test existe aussi bien pour les engins neufs que pour ceux déjà en service. Les engins d’importation mais aussi les emballages, les conteneurs isothermes ou réfrigérants ont leur part dans ce volet réglementaire. Pour conclure, Eric Devin a expliqué le marquage ATP que l’on découvre sur chaque véhicule croisé au quotidien sur nos routes : fluide, classe d’isothermie, classe de température, date de validité etc.
La dernière session de la journée était consacrée au « Contrôle et suivi de la chaîne du froid ».
M. Christian Duparc a présenté l’expérience et l’expertise de STEF/TFE sur le suivi de la chaîne du froid. Toutes les étapes du processus logistique (ramasse, segments de transport, plateforme et livraison) sont explicités en termes de matériel et procédés utilisés pour assurer le suivi de la chaîne du froid.
Eric Devin (Cemafroid) a enchainé avec un dernier exposé concernant « Les marquages et labels ». Que signifient les différents logos utilisés sur les emballages : Label Rouge, NF, AB, etc. ? Le marquage obéit-il à une obligation réglementaire ; le produit est-il conforme à un référentiel ou à une norme ; le produit est-il contrôlé par une tierce partie indépendante ? Toutes ces questions ont trouvé réponse dans le cadre de l’intervention.
Enfin, Jean-Christophe Boclet, président de l’ATEE-Normandie a conclu cette journée en remerciant les intervenants pour la qualité de leurs exposés et pour leur pédagogie à destination de la centaine d’étudiants présents dans l’amphithéâtre.
Cette rencontre fut l’occasion pour les futurs énergéticiens d’entrer en contact direct avec les professionnels du métier lesquels ont présenté un tour d’horizon exhaustif des différentes problématiques qui gouvernent le domaine du transport et logistique frigorifiques ainsi que ses différents métiers.
Les présentations ont été marquées par une approche initiatique et pédagogique où les conférenciers se sont efforcés de positionner, vis-à-vis du jeune auditoire, chaque sujet par rapport au thème général. Une belle leçon de thermodynamique !
Imad Elouati & Dominique Portail
Le Cm3e assure depuis 2006 la formation des enseignants à la méthode Bilan Carbone® en partenariat avec ClimatMundi et Alternconsult.
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